La communication non verbale dans la relation médecin patient
Toute communication est plurimodale et multicanaux. Les spécialistes s'accordent sur le fait que 70% du message passe par le relationnel et 30 % par le contenu du message. En d'autres
termes, en consultation ce que nous disons a de l'importance, mais la manière de le dire, les gestes qui l'accompagne, le regard, le ton de la voix sont autant de signaux que notre patient va
capter, interprêter.
Mais ce que nous renvoie celui-ci par delà ce qu'il dit est tout autant décodé par le médecin, plus ou moins consciemment. Cette communication non verbale peut être enseignée en
utilisant différentes approches.
Le groupe de réflexion sur la relation médecin-patient, dont sont issu les séminaires Clown et l'espace Théâtre et Médecine a choisi d'utiliser les ressorts du théâtre pour en éprouver la
dynamique et la puissance. Sans oublier la partie émotionnelle et intuitive que le théâtre aide à appréhender et qui nous sert dans nos consultations.
Aujourd'hui je vais reprendre quelques notions sur la communication non verbale qui me semblent essentielles à connaître.
« Les gestes ne constituent pas un sous système de signes à part du système de communication, ils en sont partie intégrante » (GEORGET) Ils sont donc difficiles à étudier et comme
Monsieur Jourdin nous les utilisons sans bien toujours nous rendre compte de leur importance. De plus chaque société se dote d'un certain nombre de codes non verbaux.
Pour reprendre les principes de la dramaturgie, la communication non verbale requiert une unité de temps et de lieu. Elle est immédiate et disparaît dans l'instant contrairement aux mots. Elle se
rapproche de la mise en scène et du jeu de l'acteur et est le support privilégié pour l'expression des émotions et des sentiments. L'affectivité du sujet est transmise par ce canal et étant moins
contrôlée informe le récepteur autant que les mots.
Un exemple suffira à en sentir la portée. Lisez les Fourberies de Scapin de Molière. Et puis allez le voir au théâtre. La différence saute aux yeux. La pièce jouée nous fait rire, nous entraine
dans une cascade d'émotions réjouissantes, alors que le texte n'a pas cette force même si nous en comprenons les mécanismes comiques.
L'interprétation véhicule toute l'émotion, transmet au spectateur mille messages que le texte même annoté ne parvient à faire sentir. Prenons donc conscience de cette partie non verbale de
notre communication.
De plus lorsqu'il y a discordance entre ce que nous disons et nos gestes ou nos expressions réflechissez à ce que va comprendre votre patient.
Du verbal ou du non verbal lequel d'après vous va prédominer ?
Le non verbal bien sûr !
Les travaux de Mehrabiant en 1971 ont ainsi mis en évidence que le jugement positif gobal sur l'autre dépend : pour 7 % du sens des mots, pour 38 % de la manière dont ils sont exprimés, pour 58 %
des expressions et des mimiques.
Je termine cette introduction par cette citation d'ABRIC :
« écouter l'autre et le comprendre c'est à la fois entendre ce qu'il dit et observer et décoder les signes non verbaux qui accompagnent cette expression ».
ABRIC J C. 2008. Psychologie de la communication. Théories et méthodes. Paris, Armand Colin. 186 p
GEORGET P. 2004. Gestualité et attribution de crédibilité, in Bromberg M, Trognon A. Psychologie sociale et communication. Paris, Dunod.
LAVANDIER Y. 2008. Dramaturgie. Ed le Clown et l'enfant. 620p
Par Dr Emmanuel SURIG
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Publié dans : Relation médecin-patient
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